5 critiques récurrentes de la classe inversée : réponses
Pour ceux qui ne la pratiquent pas, la classe inversée pose des difficultés par rapport à un modèle traditionnel. Pour ceux qui la pratiquent en revanche, ces critiques ne sont soit pas justifiées, soit pas insurmontables.
– les élèves ne vont pas regarder les vidéos
Les enseignants qui pratiquent la classe inversée ne prétendent pas que cette méthode résout forcément tous les problèmes. De la même manière que certains élèves ne font pas leur devoirs, certains ne regardent pas les vidéos. Ils sont cependant nombreux à noter qu’ils ont en général moins d’élèves qui ne regardent pas les vidéos que ceux qui ne faisaient pas leur devoirs. En effet, une partie des élèves qui ne font pas leurs devoirs ne manquent pas de bonne volonté mais sont frustrés car ils bloquent rapidement sur les tâches qui leur sont demandées. En revanche, le visionnage des vidéos ne dépend pas de l’acquisition de compétences préalables.
D’autre part, de nombreux enseignants mettent en œuvre des stratégies pour encourager les élèves à faire le travail préparatoire. Plusieurs choisissent de faire réaliser aux élèves qui ne l’ont pas fait ce travail sur le temps de classe.
– la classe inversée s’appuie sur les inégalités face au numérique
Tous les élèves n’ont pas accès à internet à domicile. En France, 4 personnes sur 5 ont accès à internet à leur domicile (Insee 2012). Les enseignants qui mettent en pratique la classe inversée sont cependant motivés par la perspective d’aider chacun de leurs élèves de manière plus individuelle. Ils sont donc particulièrement attentifs à la disponibilités de leurs vidéos pour tous leurs élèves. Ils développent donc des stratégies alternatives pour permettre à TOUS leurs élèves d’avoir accès aux vidéos qu’ils produisent. Parmi celles-ci : utiliser des clés USB pour les élèves disposant d’un ordinateur non relié au réseau, des DVD (en 2011, 90% des foyers français étaient équipés d’un lecteur DVD), ou utilisation des ordinateurs du lieu d’enseignement.
Plusieurs cas où la classe inversée a été mise en œuvre dans des situations avec des élèves particulièrement défavorisés ont montré de grands bénéfices (ici et là).
Il est par ailleurs intéressant de se demander si la pratique de la classe inversée s’appuie plus sur les inégalités que celle des devoirs traditionnels à la maison. Le travail hors classe est en effet accompagné de manière très différente selon les moyens culturels et/ou financier (professeurs particuliers) des familles.
– le manque d’interactivité
Contrairement à un cours en classe, les cours sur vidéos ne permettent pas aux élèves de recevoir des réponses en temps réel à leurs questions, et l’enseignant n’a pas de retour sur la réception du cours par les élèves. L’enseignant n’est effectivement pas présent lors du visionnage des vidéos. Cela ne signifie en revanche pas nécessairement qu’il ne peut pas recevoir de retour sur la réception des élèves, ou que les élèves ne peuvent pas obtenir de réponses à leurs questions. Certains enseignants encouragent leurs élèves à aller chercher eux-mêmes des réponses à leurs questions sur internet par exemple, développant ainsi leur autonomie. De plus, nombreux sont ceux qui demandent à leurs élèves de poser des questions après chaque vidéo, soit par écrit le soir en ligne (les formulaires Google sont notamment très utilisés). L’enseignant peut ainsi répondre aux questions de tous les élèves, et pas seulement à celles que les élèves osent poser en classe.
– la classe inversée accroît le temps passé devant un écran pour les élèves
Dans le cas où des vidéos sont utilisées pour la classe inversée, ce temps passé devant un écran s’ajoute à celui passé devant la télévision, l’ordinateur et à celui dévolu aux jeux vidéos. Jon Bergman et Aaron Sams arguent cependant du fait qu’il est temps que l’éducation infiltre le monde digital, au lieu de prêcher aux élèves qu’ils ne pourraient apprendre aujourd’hui avec les outils par lesquels ils communiquent quotidiennement.
– la classe inversée accroît le temps consacré aux devoirs
Le modèle de la classe inversée s’appuie sur un système dans lequel les élèves travaillent à la maison. Nous n’aborderons pas ici le débat de l’utilité des devoirs à la maison. Notons cependant qu’il existe des enseignants qui mettent en place une modalité de la classe inversée sans recourir au travail hors la classe.
Le temps passé à la maison sur les leçons ne devrait pas dépasser le temps passé sur les devoirs dans un modèle traditionnel. Les leçons produites sur vidéos sont en effet plus courtes que celles données en classe : l’enseignant ne se répète pas et va donc plus vite, puisque l’élève peut le faire répéter autant qu’il le souhaite.
– la classe inversée ne remet pas véritablement l’élève au cœur de l’apprentissage
Pour les enseignants qui souhaitent placer l’élève en position de construire son savoir, la classe inversée ne change pas véritablement le paradigme éducatif. Le cours, même déplacé a la maison, est toujours prodigué par l’enseignant qui détient le savoir. La classe inversée peut cependant être mise en place de différentes manières. De nombreux enseignants passent par une phase d'inversion «classique» (le cours à la maison, les devoirs en classe) avant d'utiliser des pédagogies plus actives et plus constructivistes.