Inverser pour développer l’autonomie et permettre à l’élève de devenir maître de ses apprentissages : expérimentation d’une néo-inverseuse

Mathilde Colas

PLP  maths/sciences, Lycée Claude LEHEC, Saint Hilaire du Harcouët (Académie de Caen)

INTRODUCTION

Enseignante de Maths-Science en lycée professionnel depuis une vingtaine d’années, j’ai souvent eu face à moi des élèves peu motivés par les disciplines générales. Les raisons sont multiples, difficultés récurrentes ou orientation par défaut, j’ai appris au fil des ans que mon travail consistait avant toute chose à redonner à l’élève de l’envie et de la confiance, lui montrer qu’il était capable de réussir et d’apprendre. Là est ma problématique.

Un détour professionnel de  trois ans à l’ESPE en MEEF premier degré, premier degré dont je n’avais jamais pris le temps d’observer le fonctionnement et qui est pourtant si riche de pratiques, m’a permis de prendre du recul sur mes propres méthodes. Alors,  lorsque j’ai réintégré mon poste, j’ai bien été incapable de ressortir mes cours tant ils ne me convenaient plus et tant j’avais envie d’enseigner autrement. C’est dans cet esprit, à la recherche d’autre chose, que je suis arrivée au CLIC2018.

Deux mois de « vacances » plus tard, je présentais à mes élèves un nouveau fonctionnement enrichi des nombreux outils que j’avais ramenés du CLIC et que j’avais tenté de faire miens.

Ma présentation est donc celle d’une néo-inverseuse qui expose sa première année d’expérience : le mode de fonctionnement mis en place, les difficultés rencontrées et les chantiers en cours, mais aussi les réussites, certes variables, mais qui me donnent infiniment envie de poursuivre sur ce chemin.

MISE EN ŒUVRE 

Public 

L’expérimentation a été menée sur deux classes de seconde professionnelle :

  • 2VTR, classe de 15 élèves dont deux filles, filière Maintenance des Véhicules option Transport Routier.
  • 2EVM, classe de 20 élèves, exclusivement masculine constituée de deux sections Maintenance des équipements industriels et Maintenance des Matériels option Espace Vert.

Les élèves sont très majoritairement internes.

Cadre de fonctionnement et outils choisis

Prenant appui sur l’ENT académique Its Learning, j’ai décidé de bannir la photocopie donnée aux élèves qui se perdait d’une séance sur l’autre. L’intégralité des documents de travail et des ressources est donc en ligne sur l’ENT : ces documents sont intégrés par iframe depuis un drive qui en permet la modification directe sans intervention sur l’ENT. Pour les élèves non connectés, une version papier reste disponible en 8 exemplaires en salle de cours.

En début de séquence, seul le « Plan de travail » est distribué et collé dans le cahier, les élèves y retrouvent la liste de l’ensemble des activités à réaliser, obligatoires comme optionnelles, des QRcode  leurs permettent d’accéder directement aux ressources vidéos, un lien est fait vers un document Genially, appelé « Parcours de formation », sur lequel ils vont aussi retrouver l’intégralité des documents de travail, accompagnés éventuellement de conseils. Une fiche de « Suivi de progression » sur laquelle les élèves indiquent ce qu’ils ont fait avant la séance, pendant la séance et ce qu’ils s’engagent à faire après, est mise en place. Le fonctionnement du cours et des différents outils est expliqué aux élèves en début d’année sur un document qui tente d’en résumer les grandes lignes.

Chaque séquence est structurée selon le plan suivant : une activité  « Je découvre », une fiche « Je m’entraîne », une autre « Je consolide » pour les élèves les plus fragiles et une dernière « Comme un CCF » qui permet à certains élèves d’aller plus loin. Les ressources vidéos sont à consulter pour des dates précises, elles donnent lieu à des temps d’échanges en classe et sont suivies d’une évaluation rapide. Pour s’auto-évaluer, un QCM de cours est en ligne sur l’ENT, les élèves peuvent le réaliser quand ils le souhaitent, au maximum trois fois. Une activité de production, appelée « Mission » est à réaliser, souvent par groupe. La séquence se termine classiquement par une évaluation sommative.

Réussites, difficultés rencontrées et pistes de résolutions envisagées

Les difficultés rencontrées ont été multiples et variées mais je retiens pour mon analyse les trois points suivants : l’accès aux ressources, la mise en activité et le travail de préparation.

A l’époque où, à chaque pause, tous les élèves sortent leur téléphone pour jouer, il a fallu que je range mes idées préconçues. Sur le public auprès duquel j’interviens, la fracture numérique est tangible. L’accès aux ressources fut compliqué. Tous les élèves ne possèdent pas de smartphone et seuls 50% d’entre eux ont des forfaits leur permettant un accès Internet. En classe, les versions papier restaient indispensables. A l’internat, pas de Wifi, smartphone interdit sur les heures d’étude, pas d’ordinateur à disposition pour les élèves… Les élèves les plus sociables et/ou populaires ont rapidement trouvé une solution dans le partage de connexion, d’autres ont fréquenté le CDI avec plus d’assiduité. Mais quelques élèves ont fait part d’une réticence forte vis-à-vis de l’outil informatique, il est possible que leurs difficultés d’accès les renvoient à leur différence. J’ai aussi constaté que les élèves sont loin d’être aussi à l’aise avec l’outil informatique qu’on peut le penser. Au bout de 6 mois, nombreux sont encore ceux qui ne savent pas se repérer dans l’ENT sans qu’une notification vienne les guider directement vers la ressource voulue. Difficile dans ce contexte d’identifier la bonne ou mauvaise volonté d’un élève. Au bout de quelques mois, je n’arrivais toujours pas à ce que mes élèves visionnent correctement les vidéos, j’ai alors mis en place une « Fiche de visionnage » sur laquelle les élèves rédigent un résumé de la vidéo et/ou formulent des questions précises sur ce qu’ils n’ont pas compris. Ces résumés ont pris la place des synthèses de cours et les questions ont servi de points de départ pour les temps d’échanges. La qualité de ces résumés est variable mais chez certains élèves il y a une véritable recherche d’appropriation des contenus.

Les temps de cours ont très majoritairement été consacrés aux activités diverses ainsi qu’à la réalisation des missions. L’idée principale était de réussir à mettre en activité chaque élève, que tous entrent dans la tâche ou tout au moins une tâche. J’ai débuté l’année avec les tables  disposées en îlots quelle que soit l’activité, individuelle ou production de groupe. L’objectif était de favoriser les interactions, et cela le fut, un peu trop… Les îlots se sont transformés en « L » pouvant se rabattre par le simple pivotement d’une table en cas de besoin, souvent lors des temps de travail sur la mission. Malgré le plan de travail, les élèves sont restés peu autonomes dans le choix du travail à faire mais lorsqu’on leur montrait le chemin la mise en activité se passait bien. La conserver restait un exercice d’équilibriste. J’étais « vampirisée » par les « Madame », souvent simplement pour valider une réponse. Il va sans dire qu’un élève en difficulté lâche vite l’affaire si l’enseignant n’est pas rapidement disponible. Pour résoudre cette difficulté, j’ai cherché à agir sur deux leviers, apprendre aux élèves à hiérarchiser leurs demandes grâce à l’utilisation de tétra-aide et apprendre à rechercher la réponse dans les ressources mises à leur disposition. S’il me faut encore construire un outil qui permette aux élèves de s’auto-corriger, je peux dire que les tétra-aide ont joué leur rôle. Quelle satisfaction lorsqu’un jour un élève vous interpelle par un « Madame, là on est en rouge ! » alors que les tétra-aide sont restés dans leur boite. Par contre, trop peu d’élèves retournent spontanément vers les ressources en ligne, même si je les y encourage. Il serait peut-être pertinent, pour aider les élèves à s’auto-gérer, d’incruster au sein des documents des QRcodes qui renvoient vers des rappels de cours, des coups de pouce ou même des éléments de correction. La persévérance n’est pas la qualité première de mes élèves, il faut un peu la provoquer.

Et le temps de préparation ? Dernier point que j’aborde mais à ne pas sous-estimer. Il a été difficile de maintenir ce cadre dans la durée, tant dans la charge de travail que cela nécessite que dans la rigueur que cela exige pour l’enseignant mais c’est aussi ce cadre qui m’a aidée à garder le cap et fait tenir jusqu’au bout. Pour être fonctionnel, le plan de travail comme la fiche de suivi nécessitent que la séquence soit construite dans son entièreté dès la première séance, de la fiche de découverte aux activités de remédiation, des ressources vidéo à l’activité de production. Un challenge presque réussi. Si certains plans de travail étaient encore un peu bancals lorsque je les ai donnés aux élèves, chaque chapitre avait sa mission, cœur de la séquence, généralement appréciée des élèves. Je suis bien incapable de quantifier le nombre d’heures de travail fourni mais certains week-ends furent incontestablement trop courts. Outre la construction de la séquence, ces nouvelles pratiques ont permis de développer de nouvelles compétences chez les élèves, il m’a donc fallu repenser tout un pan de mes principes d’évaluation et construire de nouvelles grilles pour les travaux de groupe, pour les missions,… là encore, quelques heures d’efforts.

CONCLUSION

Il m’est encore difficile de quantifier les bénéfices de ce mode de fonctionnement pour mes élèves. De nombreux points restent à améliorer, de nombreuses pistes à explorer pour véritablement réussir à développer l’autonomie des élèves. Il faut que mes séquences soient encore plus structurées pour mieux les guider, mes séances plus rythmées pour qu’ils ne s’éparpillent pas, mes étayages mieux anticipés et plus accessibles.

Mais j’ai trouvé une place dans la classe qui me convient, je prends le temps de m’asseoir avec des élèves et malgré les difficultés rencontrées et la charge de travail engendrée je n’envisage pas de faire marche arrière.

BIBLIOGRAPHIE / SITOGRAPHIE

Ateliers suivis lors du CLIC2018 :

  • « Des plans de travail du collège au lycée » et « un plan de travail pour différencier » – C BIDEUX, R. BOURDEL-CHAPUZOT et F. RAFFIN 
  • Des badges de compétences pour de vrais parcours individualisés – A. DUBOIS (Les joies de l’erreur : https://audedubois.wordpress.com/)

Le Tetra-aide de B. DEMAUGE-BOST : http://bdemauge.free.fr/tetraaide.pdf

Support de présentation de l’atelier : https://view.genial.ly/5d0390fb080bf50f6a25ae09

Me retrouver :
Mail : mathilde.colas@ac-caen.fr

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Pour toute question, précisions, commentaire.. n’hésitez pas à nous contacter : contact@inversonslaclasse.fr

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