Et si on bougeait sa salle de cours en même temps que sa pédagogie ?

Romain Bourdel et Fanny Grauer

Fanny Grauer / Romain Bourdel-Chapuzot, Enseignants certifiés de SVT et SPC – Collège Château Double – Aix-en-Provence – Académie d’Aix-MarseilleFormateurs pour la DANE

INTRODUCTION

Pourquoi vouloir changer l’agencement d’une salle de classe que nous avons tous connue de manière à peu près semblable : la salle de sciences ? Tout commence, comme c’est le cas pour la majorité des personnes qui se posent des questions sur les espaces, par un changement de pratiques.

Quels sont les éléments déclencheurs ?

Les élèves semblent peu autonomes, mettant un certain temps à se mettre au travail lors des activités. De plus, les inégalités sociales se ressentent dans les résultats des élèves. En effet, bien que les élèves fréquentent le même collège, l’environnement familial a un impact non-négligeable sur la réussite ou non des élèves.

Il y a un peu plus de deux ans (en mars 2016), Romain commence à travailler en classe inversée pour tenter de trouver une solution à la gestion de l’hétérogénéité des élèves. S’opère alors une modification du travail mené en classe : davantage de travaux en groupes de 4 élèves, des manipulations qui ne sont pas faites par tous les élèves en même temps. 

A la fin de cette année 2017, le changement continue dans l’équipe de sciences puisque Fanny et Romain choisissent de mener un projet de plans de travail communs SVT-SPC. Dans ce mode de fonctionnement, là aussi le travail de groupe prend de l’ampleur, les groupes pouvant aussi choisir l’activité sur laquelle ils travaillent. Les élèves gagnant en autonomie, une salle flexible, permettant de créer plusieurs lieux dans la salle ou plusieurs configurations en fonction du type d’activité semble le prolongement de la réflexion engagée au sein de l’équipe.

MISE EN OEUVRE

Par ce projet, nous souhaitons permettre aux élèves de devenir davantage autonomes, nous souhaitons aussi permettre aux élèves d’exploiter leurs compétences, qu’elles soient liées à la discipline enseignée mais aussi les compétences sociales.

L’adaptation de la salle à la pédagogie permet de rendre cette dernière plus efficace. En effet, les aménagements réalisés répondent à un besoin. Changer l’espace en amont n’aurait pas nécessairement entraîné de modification significative dans les pratiques des enseignants.

Enfin, en passant par les classes inversées, nous souhaitons diminuer les inégalités dues au contexte social en permettant aux élèves de bénéficier au maximum du temps en classe avec l’enseignant.

Comment cela se traduit-il ? Qu’est-ce qui a été présenté lors de ce retour d’expérience ?

L’action se déroule sur deux plans : la partie pédagogique et la partie sur l’aménagement des espaces.

En ce qui concerne l’aspect pédagogique : 

Le travail se fait à l’aide de plans de travail communs en SPC et en SVT, les élèves ayant, au début de chaque plan de travail, une vision globale de ce qu’ils auront à faire pour les 6 semaines à venir. Les élèves n’ont qu’un cahier de sciences pour les deux disciplines.

Le travail en classe consiste en : 

– des activités (documentaires, expérimentales, démarche d’investigation) en autonomie (ils choisissent en début de séance quelle activité ils veulent faire );

– des exercices ;

– des évaluations formatives pour la remédiation (en utilisant Plickers) ;

– une évaluation blanche (qui peut aussi être faite en partie à la maison) ;

– du tutorat entre pairs ;

– le visionnage de capsules de 2-3 minutes ;

– une évaluation sommative de fin de plan de travail.

Le travail est fait en groupes de 4 (ou 3), chaque élève ayant un rôle déterminé pour l’ensemble du plan de travail (repéré à l’aide d’un badge porté pendant la séance). L’appel à l’enseignant est régulé par l’utilisation des tetraaide qui permettent aux élèves de déterminer le degré d’urgence de leur question.

A la maison, les élèves ont comme travail : 

– le visionnage des capsules ;

– l’écriture du cours.

– L’accès aux ressources se fait via le site du collège (Genially).

Dans la volonté de valoriser les élèves en pratiquant une évaluation positive, nous pratiquons l’évaluation formative au cours des activités ainsi qu’à l’aide de Plickers, certaines des questions traitées avec Plickers se retrouvant dans l’évaluation finale.

Pour préparer l’évaluation finale, les élèves ont aussi une évaluation blanche qui est corrigée en classe par les pairs de manière à ce que les élèves puissent utiliser leurs erreurs comme un levier d’apprentissage (et non une erreur-sanction).

En ce qui concerne l’aménagement :

Assez rapidement et grâce à l’impulsion du chef d’établissement nouvellement arrivé, une proposition de rénovation des salles de sciences est faite au conseil départemental en 2017. Cette proposition reprend le travail de Danièle Launer, enseignante à Parmain dans laquelle les paillasses sont réparties de la façon suivante : 5 paillasses fixées au sol (pour l’électricité) au niveau de la colonne centrale et 10 paillasses sur roulettes dans les deux colonnes latérales. Cette configuration permet de créer plusieurs dispositions en fonction des activités et des besoins. Sur les murs, des tableaux sont installés pour travailler de manière mutuelle

Cette proposition n’a pas eu de suite, dans un premier temps.

L’année suivante, en 2018, la proposition faite par les enseignants de sciences va plus loin et propose un aménagement sur deux salles. Une salle est concernée par la proposition expliquée juste au-dessus et une salle avec plusieurs espaces différents.

Cette salle est le résultat de l’inspiration de plusieurs salles existantes mais adaptée aux sciences. Dans cette salle, on retrouve deux îlots surélevés (à l’image des mange debout installés par Bruno Vergnes dans sa salle), quatre tables de type 3.4.5 qui permettent de travailler individuellement (certains élèves ont besoin de se retrouver seuls pour travailler) ou de créer facilement un groupe de travail. On trouve aussi 3 îlots de manipulation (nous sommes quand même dans une salle de sciences et il faut du matériel adapté, notamment pour les manipulations de chimie), 8 chaises de type Node qui permettent de créer des groupes de tailles variables, de faire des points en groupe, le tout sans figer l’espace. Enfin, on trouve un coin de consultation de ressources sur des poufs (consultation de vidéos, de livres…). Sur les murs, on retrouve aussi des tableaux pour les élèves.

Sur ces deux salles, des points d’eau sont présents pour la vaisselle de la verrerie mais la paillasse de l’enseignant a disparu puisqu’elle n’est plus nécessaire.

Cette proposition a pu être présentée (après validation par l’inspection de physique-chimie) par un des enseignants lors d’une réunion avec le conseil départemental au collège (réunion qui concernait la globalité des travaux de l’établissement), en présence du directeur de l’éducation du CD13. Elle a trouvé un écho favorable et le projet a été enclenché. 

En attendant les travaux, si on changeait déjà la salle de sciences ?

Quelle est la salle la plus figée au niveau de sa disposition dans un collège ? C’est sans doute la salle de sciences avec ses paillasses fixées au sol puisqu’elles sont raccordées à l’électricité et/ou à l’eau.

Mais cette configuration ne semble plus répondre aux demandes des programmes et des instructions. En effet, on demande de plus en plus aux élèves, certes de manipuler, mais aussi d’élaborer des protocoles ou de résoudre des tâches complexes. Le TP “presse-bouton” n’est plus d’actualité. Aussi, il faut tenter d’adapter la salle aux pratiques pédagogiques mises en place, pratiques qui ne s’accommodent pas nécessairement facilement des infrastructures existantes. 

Voici les aménagements faits dans notre salle, aménagements qui ne coûtent quasiment rien.

On commence par le fait d’avoir bloqué les éviers. En effet, ils se bouchaient souvent et étaient très sales.

On utilise donc l’évier de l’enseignant et les élèves ont accès au laboratoire qui est attenant à la salle.

Cela a permis de récupérer de la surface disponible sur la table. Les élèves mettent notamment les tetraaide sur les plaques blanches.

Continuons avec les bandeaux verticaux qui « empêchent la chute des objets » (c’est ce qui est écrit dans un catalogue). Le souci de ces bandeaux, c’est qu’ils empêchent les élèves de pouvoir se retourner et travailler avec le cahier. La solution ? Les dévisser. Autre possibilité, les revisser à l’envers pour que ça ne dépasse pas. Nous avons la chance d’avoir un agent technique qui a assuré les finitions (installation de champs et jointage). 

En ce qui concerne les tableaux, nous avons pu récupérer ceux qui avaient été changés (soit parce que les collègues souhaitaient un tableau blanc et donc le tableau à craie ne servait plus, soit parce que la salle était rééquipée). Nous avons la chance d’avoir des paillasses décollées du mur donc nous avons pu les fixer et les élèves en profitent pleinement.

Afin de récupérer de la surface au sol et dans l’optique d’offrir aux élèves un nouvel espace (consultation de ressources), la paillasse de l’enseignant ainsi que l’estrade sur laquelle elle se trouvait ont été retirées. Il ne reste plus que le point d’eau qui est utilisé par les élèves.

Enfin, un aménagement qui vient de l’élémentaire, ce sont les balles de tennis sous les tabourets. En effet, certains tabourets n’avaient même plus les embouts en caoutchouc. Le bruit était assez pénible à chaque manipulation de tabouret. L’installation des balles (récupérées au club de tennis voisin) a permis d’enlever cette nuisance. Les élèves sont demandeurs de ce type d’aménagement puisqu’ils allaient en priorité vers les tabourets équipés lorsque toutes les balles n’avaient pas encore été installées.

CONCLUSION

Ce qui ressort de positif à nos yeux :

– évolution de la trace écrite des élèves dans les cahiers (soin apporté, appropriation via la forme) ;

– différenciation et personnalisation de l’aide apportée par l’enseignant en classe ;

– volonté de favoriser le travail des enfants « dys » par la mise à disposition du cours en ligne et la possibilité de l’imprimer pour les élèves présentant de grands troubles;

– face à la passivité de certains élèves et peur des disciplines scientifiques : augmentation de la participation orale, plus grande sensation de bien-être dans la salle de sciences,

– retour positif des parents lors des réunions parents-professeurs, retour positif des AED puisque les élèves leur parlent en bien de ce que l’on fait, retour positif des AESH ;

– dernier point à soulever : le plaisir que l’on prend à enseigner de cette façon dans une salle que nous avons mise en place en fonction de nos besoins pédagogiques.

Une des limites de ce mode de fonctionnement est le bruit qui règne dans la classe et le fait d’arriver à faire en sorte que tous les groupes travaillent en autonomie. En effet, les élèves se sentent peut-être plus libres, ce qui peut conduire à des discussions au sein du groupe sans rapport avec l’activité menée.

Ce projet est difficile à évaluer quantitativement au niveau des élèves. Cependant, un sondage passé à nos élèves révèle que 98% d’entre eux souhaitaient continuer à travailler de cette manière. Une collaboration avec la recherche est envisagée à terme afin d’évaluer et de faire progresser le projet.

Me retrouver :

Romain BOURDEL-CHAPUZOT

Twitter : @RomBourdel

Fanny GRAUER
Twitter : @FannyGrauer

Site : sciences actives.fr


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Pour toute question, précisions, commentaire.. n’hésitez pas à nous contacter : contact@inversonslaclasse.fr

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