Changement de posture et formation entre pairs

Juliette Benelli

Enseignante d’Histoire-géographie, élèves de Première ES au LPO Romain Rolland, Goussainville (95 – Académie de Versailles)

INTRODUCTION

Le CLIC est le bon moment pour discuter d’horizontalité entre les enseignants et entre les élèves. J’ai proposé une « table ronde » ou plutôt une discussion n’ayant pas pour but de trouver des réponses mais d’ouvrir la réflexion, pour discuter du changement de posture dans la formation enseignante et dans la transmission aux élèves. J’y ai vu trois axes, sans savoir quels seront les chemins empruntés par chaque argumentaire : un axe autour de la formation entre les élèves, un axe autour de la formation entre les adultes et un dernier qui entre en résonance avec l’actuelle réforme du statut du fonctionnaire, pour questionner la nécessité d’une reconnaissance des temps informels de formation. 

MISE EN OEUVRE

Axe « élèves » : La formation par les pairs est d’abord celle entre élèves.

J’ai tenté plusieurs expériences en classe, plus ou moins concluantes. Par exemple, les élèves ont pratiqué la correction croisée : avec une grille de correction et un barème, ils corrigent leurs camarades. Ils ont pratiqué parfois l’auto-évaluation immédiatement à la fin d’un devoir, afin d’adopter une posture réflexive sur leur travail. Également, dans les badges que j’ai mis en place, il y a le niveau « expert » : celui qui l’obtient peut accompagner son camarade avant que je ne l’aide ou l’évalue moi-même. Chacune de ces expériences est intéressante mais mériterait d’être travaillée et consolidée pour plus d’efficacité. 

Par ailleurs, les travaux de groupes sont le moment privilégié des échanges entre élèves pour qu’ils progressent ensemble. L’engagement dans la collaboration est positif pour une majorité d’élèves : ils ont un rôle et un objectif clairement établis, en termes de travail à fournir ou de compétences à acquérir. L’« inter-formation » est ainsi bénéfique pour eux. 

Axe « enseignants » : Plus j’inverse, plus je discute avec mes collègues en HG ou dans d’autres disciplines. J’enrichis ma pratique grâce à leurs idées. 

La mise en place des nouveaux programmes est l’occasion d’une entraide poussée entre collègues, telle que je peux l’observer avec la TeamHG : mise en commun de la préparation des chapitres avec une charte commune, CartExos qui permet de formaliser nos pratiques, en maintenant évidemment notre liberté pédagogique. La classe inversée est aussi une pratique privilégiée pour casser la hiérarchie institutionnalisée et valoriser les expériences de chacun, quelque soit son ancienneté. En ce sens, la pédagogie inversée se situe dans la lignée des pédagogies Freinet qui placent la solidarité entre enseignants au cœur de la pratique sans débattre sur les notions et concepts des sciences de l’éducation, questionner notre engagement professionnel à l’occasion du CLIC parait bienvenu pour ne pas aborder un changement de posture sans en comprendre les enjeux didactiques. 

Cette solidarité dans le travail en classe est également à questionner selon moi dans le changement de posture, car elle nous oblige à réfléchir à notre place de « professeur » qui « professe », à la hiérarchie qui s’impose et à notre rôle dans la transmission : doit-elle être uniquement magistrale ? Sommes-nous, à l’heure du numérique, encore des « pourvoyeurs » de connaissances pures ou des « médiateurs » face aux outils qui apportent des connaissances et des méthodes pour réfléchir ? Ici, nous pourrons également aborder les problématiques posées par la pédagogie critique (émancipatrice) états-unienne. 

CONCLUSION

Axe « reconnaissance des temps informels de formation » et « émancipation »

En termes de réflexion sur notre déontologie et nos conditions de travail, alors que le débat sur le statut des enseignants et leur temps de travail est au cœur des discours médiatiques sur l’école ces derniers temps, une dernière facette de nos échanges pourrait porter sur la nécessité d’une reconnaissance de l’auto-formation et de l’« inter-formation », qui devraient être reconnues voire valorisées d’une manière ou d’une autre par l’institution car elles sont chronophages mais centrales et fondamentales. La présence de cadres et formateurs institutionnels pourrait être l’occasion d’échanges en ce sens. De nombreux témoignages montrent ce besoin de rester au courant des évolutions sociétales et scientifiques pour faire au mieux son travail. Mais ce pan intellectuel de notre métier tend à être négligé dans les réformes successives.

Sans vouloir se faire la tribune d’une revendication politique, une conclusion-discussion sur cet aspect pourrait clôturer la table-ronde de manière intéressante, en ouvrant la réflexion. 

BIBLIOGRAPHIE

Laurence De Cock, Mathilde Larrère, Guillaume Mazeau. L’histoire comme émancipation, Agone, 2019

SITOGRAPHIE

https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/8309

http://www.alternativelibertaire.org/?Education-Vers-une-pedagogie

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Mail : jubnli@gmail.com et juliette.benelli@ac-versailles.com

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