Pourquoi inverser sa classe ?

Critiques, avantages et inconvénients de la classe inversée

Réponses à 6 critiques récurrentes5 avantages de la classe inversée3 inconvénients de la classe inversée

Pour ceux qui ne la pratiquent pas, la classe inversée pose des difficultés par rapport à un modèle traditionnel. Pour ceux qui la pratiquent en revanche, ces critiques ne sont soit pas justifiées, soit pas insurmontables. Il est bien sûr à noter que les pratiques de classe inversée sont variables.

1. les élèves ne vont pas regarder les vidéos

Les enseignants qui pratiquent la classe inversée ne prétendent pas que cette méthode résout forcément tous les problèmes. De la même manière que certains élèves ne font pas leur devoirs, certains ne regardent pas les vidéos. Ils sont cependant nombreux à noter qu’ils ont en général moins d’élèves qui ne regardent pas les vidéos que ceux qui ne faisaient pas leur devoirs. En effet, une partie des élèves qui ne font pas leurs devoirs ne manquent pas de bonne volonté mais sont frustrés car ils bloquent rapidement sur les tâches qui leur sont demandées. En revanche, le visionnage des vidéos ne dépend pas de l’acquisition de compétences préalables.
D’autre part, de nombreux enseignants mettent en œuvre des stratégies pour encourager les élèves à faire le travail préparatoire. Plusieurs choisissent de faire réaliser aux élèves qui ne l’ont pas fait ce travail sur le temps de classe.

2. la classe inversée s’appuie sur/augmente les inégalités

La classe inversée apparaît justement comme un moyen intéressant de lutter contre les inégalités scolaires, en différenciant mieux l’apprentissage. Il semble que les craintes quant aux inégalités se basent sur l’accès aux ressources numériques.

La très grande partie des élèves a accès à internet à domicile. En France, 95% des foyers avec enfant(s) sont équipés d’un accès à internet, et 100% des foyers avec enfants sont numériques (source : GfK / Médiamétrie – La Référence des Equipements Multimédias – 2ème trimestre 2013, d’autres résultats repris ici).

Les enseignants qui mettent en pratique la classe inversée sont cependant motivés par la perspective d’aider chacun de leurs élèves de manière plus individuelle. Ils sont donc particulièrement attentifs à la disponibilités de leurs vidéos pour tous leurs élèves. Ils développent donc des stratégies alternatives pour permettre à TOUS leurs élèves d’avoir accès aux vidéos qu’ils produisent. Parmi celles-ci : utiliser des clés USB pour les élèves disposant d’un ordinateur non relié au réseau, le CDI, ou encore leur propre ordinateur sur les pauses méridiennes, voire l’accès aux vidéos durant le cours.
Plusieurs cas où la classe inversée a été mise en œuvre dans des situations avec des élèves particulièrement défavorisés ont montré de grands bénéfices (ici et ).

Il est par ailleurs intéressant de se demander si la pratique de la classe inversée accroit plus sur les inégalités que celle des devoirs traditionnels à la maison. Le travail hors classe est en effet accompagné de manière très différente selon les moyens culturels et/ou financier (professeurs particuliers) des familles et consulter des ressources est moins difficile à réaliser que faire des exercices.

Enfin, quelle que soit la manière dont la classe inversée est mise en oeuvre, l’objectif est justement de mieux s’adapter aux besoins des élèves, en passant plus de temps avec eux individuellement. Plus de 80% des enseignants interrogés estiment que leur classe inversée a, de manière générale, un impact positif sur les élèves en difficulté (étude déclarative en ligne Inversons la Classe ! auprès de 120 praticiens en classe inversée à l’été 2015).

classe inversée : impacts plus positifs pour les élèves moyen et en difficulté
Selon les enseignants, les élèves moyens et en difficulté bénéficient plus de la classe inversée que les bons élèves.

 

Rappelons une fois encore que la partie la plus importante de la classe inversée se déroule en cours, les vidéos n’étant que l’outil qui permet de dédier plus de temps aux activités aux côtés des élèves en classe, les aidant ainsi au moment où ils en ont le plus besoin.

3. le manque d’interactivité

Contrairement à un cours en classe, les cours sur vidéos ne permettent pas aux élèves de recevoir des réponses en temps réel à leurs questions, et l’enseignant n’a pas de retour sur la réception du cours par les élèves. L’enseignant n’est effectivement pas présent lors du visionnage des vidéos. Cela ne signifie en revanche pas nécessairement qu’il ne peut pas recevoir de retour sur la réception des élèves, ou que les élèves ne peuvent pas obtenir de réponses à leurs questions. Certains enseignants encouragent leurs élèves à aller chercher eux-mêmes des réponses à leurs questions sur internet par exemple, développant ainsi leur autonomie. De plus, nombreux sont ceux qui demandent à leurs élèves de poser des questions après chaque vidéo, soit par écrit le soir en ligne (les formulaires Google sont notamment très utilisés). L’enseignant peut ainsi répondre aux questions de tous les élèves, et pas seulement à celles que les élèves osent poser en classe.

4. la classe inversée accroît le temps passé devant un écran pour les élèves

Dans le cas où des vidéos sont utilisées pour la classe inversée, ce temps passé devant un écran s’ajoute à celui passé devant la télévision, l’ordinateur et à celui dévolu aux jeux vidéos. Jon Bergman et Aaron Sams arguent cependant du fait qu’il est temps que l’éducation infiltre le monde digital, au lieu de prêcher aux élèves qu’ils ne pourraient apprendre aujourd’hui avec les outils par lesquels ils communiquent quotidiennement.

5. la classe inversée accroît le temps consacré aux devoirs

Le modèle de la classe inversée s’appuie sur un système dans lequel les élèves travaillent à la maison. Nous n’aborderons pas ici le débat de l’utilité des devoirs à la maison. Notons cependant qu’il existe des enseignants qui mettent en place une modalité de la classe inversée sans recourir au travail hors la classe.
Le temps passé à la maison sur les leçons ne devrait pas dépasser le temps passé sur les devoirs dans un modèle traditionnel. Les leçons produites sur vidéos sont en effet plus courtes que celles données en classe : l’enseignant ne se répète pas et va donc plus vite, puisque l’élève peut le faire répéter autant qu’il le souhaite.

6. la classe inversée ne remet pas véritablement l’élève au cœur de l’apprentissage

Pour les enseignants qui souhaitent placer l’élève en position de construire son savoir, la classe inversée ne change pas véritablement le paradigme éducatif. Le cours, même déplacé a la maison, est toujours prodigué par l’enseignant qui détient le savoir. La classe inversée peut cependant être mise en place de différentes manières. De nombreux enseignants passent par une phase d’inversion «classique» (le cours à la maison, les devoirs en classe) avant d’utiliser des pédagogies plus actives et plus constructivistes.

1. La classe inversée renforce les relations entre les élèves et leur professeur

Du simple fait du temps libéré en classe, le temps passé par l’enseignant aux côtés de chaque élève est démultiplié. L’enseignant connaît mieux ses élèves, où ils en sont et ce qu’ils ont du mal à faire.

2. La classe inversée libère du temps de classe pour utiliser plus de pédagogies actives

Les techniques d’apprentissage actif, de travail en groupe (apprentissage par les pairs), les approches d’apprentissage par problème demandent du temps en classe. Il est souvent difficile de concilier le temps nécessaire à la transmission des savoirs de base et celui où l’enseignant fait que ses élèves sont actifs. La classe inversée permet de résoudre ce dilemme en exportant la leçon en dehors du temps de classe.

3. La classe inversée développe l’autonomie des élèves

Les élèves sont plus responsables de leur apprentissage : ils suivent les leçons à leur rythme, sont actifs en classe et peuvent être facilement encouragés à chercher des réponses à leurs questions autrement qu’en se référant à l’enseignant.

4. La classe inversée est plus agréable

Plusieurs études montrent que les élèves se sentent moins stressés par rapport à une classe traditionnelle. De nombreux enseignants notent une très nette diminution des problèmes de discipline. 97% des enseignants interrogés adoptent la classe inversée une fois qu’ils l’ont essayée (étude déclarative en ligne Inversons la Classe !, 120 praticiens en classe inversée, été 2015). C’est particulièrement notable dans la mesure où se lancer en classe inversée représente un investissement personnel important au départ.

5. En conclusion, la classe inversée peut améliorer l’apprentissage des élèves

Il existe de nombreux exemples où l’utilisation de la classe inversée s’est accompagnée d’une hausse significative des résultats scolaires. De manière générale, 90% des praticiens en classe inversée estiment qu’elle leur a permis d’augmenter la motivation et l’autonomie de leurs élèves, et 80% leurs résultats scolaires (étude déclarative en ligne Inversons la Classe ! auprès de 120 praticiens en classe inversée à l’été 2015)..

1. Beaucoup de travail de mise en place 

Autant être franc, quand on interroge les enseignants sur les inconvénients de la classe inversée, la première chose qu’ils mentionnent est le travail que leur a demandé leur transition. Il est difficile de quantifier ce travail : si on produit soi-même ses capsules vidéos, si on utilise celles d’autres enseignants, qui varie selon le type de classe inversée que l’on veut mettre en place et à quel point on renouvelle sa pratique (quel niveau de différentiation ? quel niveau de co-construction ? quelle structuration du travail collaboratif ? quels outils techniques ?) . Une chose est sûre, plus on fait de classe inversée, plus on veut en faire. C’est pourquoi nombre d’inverseurs qui ont vu leur vie sociale se réduire dramatiquement l’année où ils se sont lancés conseillent d’y aller petit à petit. et de commencer par un ou quelques chapitres, sans vouloir tout changer.

Cependant, ils ne regrettent pas : les enseignants qui ont tenté la classe inversée sont convaincus : 97% souhaitent continuer l’aventure ! (étude déclarative en ligne Inversons la Classe ! auprès de 120 praticiens en classe inversée à l’été 2015).

2. Beaucoup plus d’organisation 

Travailler en classe inversée laisse beaucoup moins de place à l’improvisation, il faut toujours avoir un coup d’avance. A la fin d’un cours, le suivant doit déjà être prêt pour pouvoir donner les ressources à consulter… et il faut aussi tenir des compte des difficultés éventuelles de connection, et donc laisser du temps pour visionner les capsules vidéos.

3. on ne rattrape pas forcément TOUS les élèves

Si les enseignants en classe inversée apprécient cette pratique car ils sont beaucoup plus proches de leurs élèves et de leurs besoins, et qu’ils en « perdent » moins en route qu’avant, ils sont nombreux à déplorer de ne pas forcément atteindre 100% de leurs élèves. S’il fallait le préciser, la classe inversée n’est pas une baguette magique qui répond à tous les problèmes.

 

Honnêtement, hormis ces trois inconvénients très souvent mentionnés, on voit les enseignants se gratter la tête quand on leur demande les inconvénients qu’ils voient à travailler de cette manière. Ils ont des interrogations, sur comment aller plus loin dans la différentiation, comment faire adhérer réellement tous leurs élèves, comment s’assurer que tous les élèves contribuent au travail collaboratif, comment évaluer des compétences non traditionnellement évaluées… bref, des questionnements pédagogiques auxquelles certaines réponses existent, et pour lesquelles d’autres sont en discussion dans la communauté. Les tweetchats, le CLIC et la CLISE sont des opportunités pour échanger à ce sujet.